Archives mensuelles : mars 2016

GIOVANNI DOTOLI OU LES PUISSANCES VIBRATILES

La poésie de Giovanni Dotoli est pareille à la musique, elle est science des accords. Elle révèle la lumière, fait apparaître les sources et illumine les traces. Ponctuée de fréquences harmonieuses, elle apporte relief et profondeur au dire des choses. Terrestre et aérien, l’auteur éprouve les horizons, sème des émulsions et apprivoise les hauts rythmes de l’invisible. Chez lui, la beauté est puissance du Beau, elle en fait retentir le Verbe et l’assemble dans nos cœurs affamés. Je le cite : Le rythme du cœur est la partition de l’âme.

Giovanni Dotoli nous révèle le monde intelligible comme une émanation de l’être. Le monde sensible est celui du devenir. Cette distinction est essentielle, car elle introduit de facto la nécessité d’un temps et d’un espace comme supports « matériels » du monde sensible soumis à nos modulations incessantes. Dans sa poétique, le temps et l’espace peuvent être eux-mêmes considérés comme les images sensibles de l’éternité et de l’infini du monde intelligible. Je le cite : La poésie est la narration énigmatique de ce qui nous entoure.

A travers sa poétique, l’auteur visite et reproduit l’essence même de la réalité qui nous entoure, nous souffle et nous incurve. Il nous donne rendez-vous dans nos terres propres et sacrales. Il orne la raison dans une harmonieuse éloquence et perpétue l’éclair dans le mouvement même de nos chairs. Sa poésie est métaphysique, “perle de la pensée” comme l’écrit Alfred de Vigny, les variations audibles de l’âme. Ainsi, Giovanni Dotoli capte l’Eternité et fait de l’existence le savant rythme de l’espoir. Je le cite : L’Amour est une âme en mouvement.

A travers son art, il travaille, cisèle, organise la parole pour en extraire la beauté comme une verticale instructrice. Chez lui, le texte est une perpétuelle apparition, une lente et précieuse résurrection. Giovanni Dotoli traduit, transmet, suscite un état, qui accroît en nous la sensation de l’Etre. Par là nous apprenons notre présence au monde et élevons notre conscience du mystère. Le réel devient vision, nous la palpons et elle nous transcende. Elle devient respiration spirituelle. Je le cite : Le cœur respire le mot. Le cœur rythme l’origine.

En poésie, l’essence du langage suit la motivation du signe. La poésie ouvre la langue pour la rendre plus apte au dévoilement. Méditée ou inspirée, la parole de l’auteur se fait écho sonore du monde et recueil de nos contemplations. “Le poète boit aux sources du langage écrit Paul Valéry. Les mots chez Giovanni Dotoli timbrent le rêve, le font vibrer et ses silences miment le mystère inlassable du monde qui nous contient et nous érige. Je le cite : La parole ancestrale continue sur la bouche de l’Etre. L’écriture de l’auteur est alors flux et palpitent nos constances, nos reflets dans ses ralentis.

Les harmoniques de Giovanni Dotoli modulent les secrets et l’énigme. Nous en goûtons les attraits émotifs et avec lui, nous en rencontrons l’esthétique. En nous résonnent et se propagent les accords de l’idéal comme une synthèse et une unité civilisatrice. Je le cite : La conversation est un cristal. Tailleur de symboliques naturelles, le poète contracte des formes primitives et nous en donne la magnifique intuition.

Anne de COMMINES

LES PARTITIONS ELECTRIQUES

La poésie de Jacques Fontaine est composée de chair et d’âme aux intentions d’art. De ses entrailles jaillissent des extases, des soupirs, les ronces de la passion, les romances de la peine, bref, des dimensions d’homme. Inspiré, il nous rapporte ses transes sous-jacentes et ses motifs calligraphiés. L’amour, la haine, la névrose, les animaux de métal, Jacques Fontaine nous livre ardemment des accents inouïs et virils. « A cœur et à cris » nous expose une condition humaine où le drame est dit. Frappée ou modelée, la dramaturgie couve des convulsions et l’auteur les transforme en lignes musicales « dans le secret ouaté des naissances » comme il l’écrit lui-même.

Son recueil est une création active, une pensée en lutte où s’acharnent et se défont les corps. Avec souffle, la gorge embrasée, le poète orne ces jaillissements de l’âme comme des étincelles électriques. Fulgurants, parfois douloureux, les mots de Jacques Fontaine nous assaillent et nous trempent bruyamment dans des cataractes où implosent des images inattendues et des impulsions musicales. Je le cite : « Exténué par le fatal effroi des chairs. »

Ses cris concassent des échos où s’inclinent nos fronts stupéfaits. Des voix rondes comme des anneaux enchaînent les cieux et innervent des orages. Par endroits, l’auteur s’immisce  dans le germe, incurve une lumière trop brutale, la laisse choir dans l’ombre en pesant bien les transparences. Poète écorché par les appels et les gravités, Jacques Fontaine fait trembler les phrases et signifie nos vertiges. Je le cite : « La courbe des reins assouplis, lubrique, vibre au frémissement clair de la peau endémique. » « J’exulte et je geins de ne pouvoir effleurer le corps électrique. »

L’auteur laisse ruisseler la poésie comme une source, il porte la lumière à sa substance et déroule notre âme vaste et inquiète. Ses ombres échangent leurs songes, déchiffrent ses illusions fugitives, transmuent l’insaisissable en un corps fragile où soufflent nos initiales. Ses chagrins et ses flamboiements épousent les étoiles et Jacques Fontaine dessine des symboles comme des métaphysiques à visiter. Je le cite : « Un appel bruissant et taciturne qui résonne dans la corne spiralée de la transcendance. »

Les yeux guerriers ou l’âme allègre, le poète interroge les questions en leur mouvement. A mains diurnes ou nocturnes, il trace de belles inconstances, puise les hasards observateurs dans le fond des utopies. Jacques Fontaine est gagné par la création des immortels élans et cherche le rythme spectral de l’image en son reflet. Le corps en partition, il s’éclaire aux nuits blanchies et laisse le signe dénuder la réalité et ses substances âcres. Je le cite « Mes yeux sonnent et coulent dans mes veines rompues. »

Ses pages sont un théâtre de l’action. Dans une langue héroïque, il sollicite et consume le poème, puis assemble le rêve charnel dans une mystique primitive. Ses dessins écrits, ses percées dissolvantes de mots et d’images composent et décomposent les fusions analytiques des questions et des réponses. Dans le corps sévit la crise convulsive du langage. Frappé d’une poésie violente, Jacques Fontaine lève un Verbe à ses visions sacrales, nous livre ses figures comme des symptômes et des prophéties névralgiques. Je le cite : « Asservi en sensualités sourdes, Prince ou loubard, l’assemblage verni et ténébreux me rendit homme. » Poésie de la force, du feu, des gouffres, l’auteur foule les profondeurs et puise en elles des pulsations rebelles et fécondes. « A cœur et à Cris » appelle la vision solaire, la transe occulte et les turbulences des passions affolées.

Anne de Commines